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IN MEMORIAM

Le 22 septembre 1985, Monseigneur Basile (Krivocheine), archevêque de Bruxelles et de Belgique, s’est endormi dans le Seigneur dans sa ville natale de Saint-Pétersbourg, peu de temps après avoir célébré pour la dernière* fois la sainte liturgie dans l’église de la Transfiguration où, 85 ans plus tôt, il avait reçu le baptême. Les nombreux aspects de cette riche personnalité — le savant théologien, fin connaisseur des Pères de l’Eglise, le moine, l’évêque, le père spirituel — ont été évoqués dans plusieurs articles nécrologiques (en particulier ceux de Mgr Kallistos Ware, du P. Boris Bobrinskoy et du diacre Michel de Bruxelles).

Pour nous, en plus de toutes ces multiples facettes dîme vie bien remplie, Monseigneur Basile est aussi celui qui durant de nombreuses années fut le principal rédacteur et animateur de notre Messager de l’Exarchat du Patriarche russe en Europe Occidentale. Donnant son temps et son énergie de façon exemplaire pour l’aspect rédactionnel, la recherche de matériaux de qualité, tant en Russie qu’en Occident, Monseigneur Basile a lui-même contribué à un nombre important d’articles, d’études, de recensions de livres et de chroniques qui mériteraient d’être rassemblés sous une forme plus commode à consulter. On ne saurait surestimer la dette du Messager à l’égard de celui qui l’a si longtemps animé et nourri.

Qu’il nous soit permis d’évoquer l’extraordinaire exemple que nous laisse Monseigneur Basile. Il reste pour nous un modèle. le modèle d’une rare honnêteté intellectuelle et le modèle d’une fidélité peu commune à l’Orthodoxie et à l’Eglise, les deux ayant chez lui une source unique, un attachement indéfectible à la vérité.

Cet attachement le rendait capable d’écouter réellement son interlocuteur, sans faire acception des personnes et d’entendre les arguments de l’autre, au point qu’il possédait le don rare de savoir au besoin changer d’avis.

Sa fidélité à l’Orthodoxie était peu commune en ce sens qu’elle consistait moins à suivre les Pères de l’Eglise, qu’il connaissait si bien, dans leurs formulations, qu’à partager avec eux cette expérience ecclésiale de Dieu qui fait l’authentique théologie orthodoxe de tous les temps et de tous les lieux. Il s’agit d’une théologie qui n’est jamais une spéculation sur Dieu pour la satisfaction intellectuelle du penseur, mais d’une théologie " utilitaire«, pourrait-on dire, toujours orientée vers le salut offert par Dieu à l’homme. C’est une théologie qui ne parle que par nécessité, cette nécessité étant provoquée par tout ce qui peut éloigner de l’unique nécessaire (cf. Luc 10, 42).

Ce n’est, en effet, qu’à cet unique nécessaire que Monseigneur Basile demeure ardemment fidèle avant tout et après tout. Et toutes ses fidélités procèdent de cette fidélité centrale à la vérité, vérité qui n’est pas celle d’un système de pensée, mais la Personne unique de Celui qui a dit. » Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie " (Jean 14, 6).

En raison de cette adhésion, au sens baptismal, au Christ, adhésion sans faille, toujours renouvelée et approfondie. Monseigneur Basile est pour nous un modèle de fidélité en toutes choses ici-bas. Sa fidélité à l’Eglise de Russie et à sa terre natale est une fidélité courageuse, non servile, qui consiste en toutes circonstances à rappeler la vraie vocation de l’homme.

Héritier de ce que la noblesse russe avait de meilleur à offrir, il s’est mis tout entier au service de ce qu’il a compris comme étant la vraie vocation du peuple russe. la vocation de sainteté. Cette vocation est confiée, depuis bientôt mille ans, à l’Eglise Russe que Monseigneur Basile a servie de toute son âme et de toutes ses capacités, en tant que théologien, en tant qu’évêque, sans jamais perdre de vue la responsabilité que cela implique.

Il est l’un des rares qui ait compris que le service de cette vocation demeure en toute circonstance historique, sans jamais s’identifier à aucune d’entre elles, sans jamais s’installer dans une situation donnée. En même temps, il a toujours été courageusement conscient du fait que toute circonstance de la vie doit être éclairée par le rappel de l’unique nécessaire.

Monseigneur Basile est entré en 1936 dans le monde de la science théologique avec une étude fort savante sur Saint Grégoire Palamas. Si cette étude est savante, elle avait pour but de faire connaître l’un des Pères de l’Eglise qui ont le mieux témoigné du caractère concret de la théologie toute orientée vers l’union avec Dieu. Exemple éclatant de la science mise au service de Dieu pour le salut de l’homme. C’est cette étude que nous avons décidé de reproduire ici dans sa version originale russe (publiée en 1936 à Prague dans Seminarium Kondakovianwn), ainsi que pour la première fois en traduction française (fruit d’une collaboration entre Paula et Jacques Minet). Bien qu’elle ait 50 ans d’âge, nous pensons que cette œuvre garde sa fraîcheur, la fraîcheur d’une parole à la gloire de Dieu qui parle si bien à sa propre époque qu’elle la dépasse et parle du coup à toutes les époques ultérieures.